Ville de Carhaix

Actualités archivées

Conférences, contes, ciné, débats pour les 25 ans du 1er crématorium de l'Ouest

<br/> François Michaud Nérard<br/> Bernard Rio<br/>

Le crématorium de Carhaix célèbre ses 25 ans. A cette occasion, du 16 au 23 octobre, quatre rendez-vous sont proposés au public pour engager la réflexion autour du thème de la crémation et, plus largement, de la mort. Avec une conférence événement de François Michaud Nérard à laquelle participeront plusieurs religions le 18 octobre au Glenmor, de 9h30 à midi.

Quand il a ouvert le 14 septembre 1988, le crématorium de Carhaix était le seul du Grand Ouest. L'Hexagone n'en compte alors que 29. Retour sur l'histoire d'un crématorium militant et associatif.

"Lors de l'ouverture, beaucoup de rumeurs farfelues ont circulé. Le four avait explosé ou était trop court pour y rentrer les cercueils. Les débats publics  étaient très agités", se souvient Jean-Yves Zam, l'un des porteurs du projet.
Il faut dire qu'en 1986, le taux de crémation n'est  que de 3,15% en France. "La crémation, c'est une tradition protestante ou athée. Je faisais partie de l'association des crématistes, nous n'étions que deux dans le Finistère à recevoir la lettre de l'association ! Et ça faisait vingt ans qu'on se battait pour un crématorium à Nantes. Rien ne se passait. "
Pour une crémation, la famille doit alors se déplacer à Paris. "Yves Riou, adjoint au maire, a voulu faire en sorte de donner plus d'égalité pour les crématistes." L'idée fait son chemin. Au cours d'un voyage dans la ville jumelée de Dawlish, Jean-Pierre Jeudy, alors maire, et Yves Riou visitent le crématorium. Le déclic. Mais le projet , porté par l'association la Terre aux vivants, s'élève à 5 100 000 francs.
Avec l'aide du Finistérien Louis Le Pensec, Ministre de la Mer, Yves Riou obtient de Pierre Joxe, Ministre de l'Intérieur, une subvention de 200 000 francs , "ce qui a donné un caractère officiel au projet et nous a permis de demander d'autres subventions. "   
La Région et les conseils généraux du FInistère, du Morbihan et des Côtes du Nord abondent. "Ça ne suffisait pas ! Avec Yves Riou, on a sollicité toutes les communes de plus de 5000 habitants." La Ville subventionne également. 300 000 francs sont réunis grâce au prépaiement des frais d'incinération par près de 500 personnes. Et l'association emprunte.
En mai 1988, l'association gestionnaire du crématorium de Carhaix est créée, présidée par le maire.

Une architecture novatrice

L'architecte carhaisien Michel Carlach est un autre homme clé dans ce projet. " Sur un terrain très mal fichu en contrebas du cimetière, il a réussi à imaginer quelque chose d'harmonieux."  Avec une bâtisse ressemblant à une maison contemporaine, réalisée dans les matériaux de la région, le schiste et l'ardoise. 
"Pour le columbarium, nous avons imaginé d'apposer le même style de plaque pour chacun, avec juste le nom et les dates. Nous voulions éviter l'anonymat, une nouveauté à l'époque."
Il faut aussi penser au rituel de la crémation. "Le crématorium de Paris, qui datait de plus d'un siècle, avait une réputation abominable : le cercueil partait par une trappe, avec un bruit de chaînes glaçant. Nous avons cherché quelque chose de moins traumatisant." Comme la mise en place du système du double-rideau entre la salle de cérémonie et la salle technique. Le local vitré et isolé pour permettre à la famille de voir le cercueil est aussi né de cette réflexion.

Le premier crématorium de l'Ouest

Dès son ouverture, le premier crématorium du Grand Ouest attire. En un an, 5  000 visiteurs assistent à des portes ouvertes. Pour faire évoluer les mentalités.
"Nous avions prévu un équilibre à 300 crémations par an." En 1989, on compte déjà 621 crémations, le chiffre ne cessant de progresser pour atteindre 1 710 crémations en 1996, avant l'ouverture du crématorium de Brest.   
"Jacques Doublot, trésorier de l'AGCC, gérait le crématorium au quotidien. Les employés du crématorium étaient des agents publics mis à disposition. La gestion commerciale et les permanences étaient assurées par les pompes funèbres Cadiou."
Au fil des ans, la concurrence d'autres nouveaux crématoriums à gestion municipale, ceux de Rennes, Brest, Lorient, Quimper, Saint-Brieuc, se renforce. Ainsi que celle de projets privés.  "On est en train de banaliser et de commercialiser le mort, ce n'est pas bon. Voyez ces crématoriums que l'on construit dans des zones industrielles, c'est choquant. La mort doit rester du domaine du sacré. C'est pour cela que nous avions choisi une implantation près du cimetière."

Mécène de gros projets

L'activité importante a généré de gros bénéfices. "On a pu, à notre tour, soutenir de gros projets." L'association a participé à l'achat d'immeubles à caractère social. Elle a aussi donné pour l'organisation des championnats de France de cross de 1996 et 2000. Elle a acheté un minibus pour le transport des personnes âgées de la maison de retraite, remis une pompe antidouleur et surtout, ont financé le scanner de l'hôpital. L'AGCC a aussi donné 2 millions pour la création de la Maison de l'Enfance en 2000.
Sans compter les retombées économiques pour les entreprises locales de pompes funèbres, les cafés et restaurants. " À l'époque, on a renforcé la place de Carhaix en Bretagne."

 

 

 Programme des 25 ans, du 16 au 23 octobre

Des contes le 16 

Contes et légendes des Monts d'Arrée autour de l'Ankou.  Youenn, conteur et joueur de flûte de l'association Addes, propose sous forme de spectacle, des contes nés dans les monts d'Arrée, autour du Yeun Elez, haut lieu du légendaire breton (durée : 50'). Pour des enfants de 5 à 10 ans, mercredi 16 octobre à 10h, à la bibliothèque municipale. Gratuit.
La bilbiothèque proposera aussi une sélection d'ouvrages sur le thème de la crémation.
 

Un documentaire le 17

Partenaire de l'événement, l'association Contrechamp proposera la diffusion d'un documentaire le 17 octobre à 20h30 au Grand Bleu. "Donner/recevoir"(1h15) est en sortie nationale la veille. Réalisé par Bernard et Michele Dal Molin, ce documentaire propose les histoires de vie de quatre familles qui ont été confrontées aux questions de don d'organe ou de greffe. À l'issue de la séance, Daniel Despres, président d'Adot Finistère, sera présent pour un débat autour de ce thème. Oouvert à tous.

Conférence-débat le 18

Bouddhisme, protestantisme, catholicisme, trois religions seront présentes à la conférence-débat sur la crémation, le 18 octobre de 9h30 à 12h, au Glenmor. Une conférence menée par François Michaud Nérard, auteur d'"Une révolution rituelle, accompagner la crémation" (Ed. Atelier). Directeur général des Services funéraires - Ville de Paris, il a collaboré à de nombreux ouvrages parus notamment au Cerf et chez Autrement.  

Il viendra présenter une réflexion autour de ce phénomène de société nouveau qui bouleverse nos repères traditionnels. "En une génération, la crémation a connu une expansion spectaculaire passant d'un taux de 1 % en 1980 à 30 % en 2010. Ce phénomène est plus marqué encore en Europe, en Suisse, Grande-Bretagne ou Danemark, où les taux sont de plus 70 %. Lorsque l'on interroge les Français sur ce qu'ils veulent pour leurs propres obsèques, la majorité souhaite une crémation et beaucoup désirent que leurs cendres soient dispersées. Pourquoi ce qui a été la pire des indignités depuis des siècles ─ être brûlé et disparaître sans sépulture ─, devient-il une norme sociale ? Quelles sont les motivations affichées et sous-jacentes de ces choix ? Que cela révèle-t-il des évolutions de notre société ? "
Les débats seront animés par Jean-Louis Le Corvoisier, ancien journaliste animateur.  
Ouvert à tous.

"Une révolution rituelle, accompagner la crémation" :
Ce livre explore une vision de notre monde moderne au travers du prisme de ce rapport nouveau que nous entretenons avec la mort. Après avoir rappelé comment une révolution des rites funéraires a un impact fort tant sur la société dans son ensemble que sur les individus, ce livre montre comment la transformation d'un cadavre en cendres est un escamotage du mort et confine parfois à l'absence de rituels, ce qui peut être problématique.

Pour comprendre ces bouleversements, analyses sociologiques ou anthropologiques et pratique du professionnel sont nécessaires. Pour la première fois dans l'histoire, le futur défunt décide du devenir de son cadavre, et souhaite avant tout peser le moins possible après sa mort. Pourquoi ? Comment la nouvelle législation sur les cendres a-t-elle tenté de redonner un poids symbolique à celles-ci ? Quels regards les religions portent-elles sur des pratiques historiquement combattues en Occident ? Peut-on concilier l'exigence de celui qui part avec les besoins anthropologiques de ceux qui restent ? Et que peut proposer notre société dans les crématoriums ?

La mort reste un tabou. Personne et surtout pas le politique ne se saisit des questions délicates posées par la crémation. Les professionnels bricolent dans le secret de leurs établissements des solutions à des problèmes éthiques qui concernent pourtant tout le monde. Face à la demande de nouveaux crématoriums, les collectivités se débarrassent majoritairement des besoins spirituels des endeuillés sur des entreprises commerciales privées. Le secteur funéraire, et singulièrement ce qui concerne la crémation, peut-il être un secteur économique concurrentiel comme les autres ?

La crémation est une modification fondamentale de la façon de traiter le mort et la mort. Il est temps que la société se saisisse à nouveau de ces questions qui touchent aux fondements de notre humanité.

 

"Les Bretons et la mort" le 23


Auteur de "Voyage dans l'au-delà : les Bretons et la mort"(ed. Ouest-France), l'universitaire Bernard Rio animera une conférence le mercredi 23 octobre, de 18h30 à 20h, au Cinédix. Ouvert à tous.
 

4e de couverture :
"Les Bretons entretiennent des relations singulières avec la Mort et les morts, tel est le constat de cette vaste enquête dans la Bretagne d'aujourd'hui. "L'Ankou" n'est pas seulement un personnage de légende. Ce "conducteur des morts" dans l'au-delà
apparaît toujours au 21e siècle comme en attestent plusieurs témoins dignes de foi. À l'ère d'internet, les Bretons perçoivent de nouveaux intersignes annonçant les décès ou révélant la présence des "Anaon", les "âmes errantes" qui hantent les chemins et les maisons. Perdues au fond des bois, des tombes immémoriales continuent de recevoir les offrandes de visiteurs anonymes  !"
 
"Quel sens donné à ces phénomènes mystérieux, révélateurs d'un véritable culte des morts et d'une croyance dans l'autre monde ? Qu'est-ce que le marteau bénit ? Pourquoi dépose-t-on le cercueil du défunt à la croisée du transept dans l'église ? À quoi
reconnaît-on la présence de l'Anaon ? Qui est l'auto-stoppeuse fantôme ? Où voir la danse macabre ? Qui sont les passeurs  d'âmes ? Autant de questions auxquelles Bernard Rio apporte des réponses dans ce livre qui renouvelle complètement la célèbre légende de la Mort écrite par Anatole Le Braz au XIXe siècle. "Voyage dans l'au-delà" par Bernard Rio est un livre essentiel pour qui veut décrypter les intersignes et comprendre les rites funèbres de la Bretagne ancienne et moderne."


L'auteur :
Spécialiste de l'environnement et du patrimoine, Bernard Rio est l'auteur de nombreux ouvrages chez différents éditeurs : Le Rocher, Le Télégramme, Glénat... Il a notamment contribué à la partie celtique du « dictionnaire critique de l'ésotérisme »
publié par les Presses Universitaires de France sous la direction de l'ethnologue et universitaire Jean Servier.

Bernard Rio vit en Bretagne et collabore à la presse magazine.

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