Ville de Carhaix

Statue de la Tour d'Auvergne

Théophile-Malo Corret de La Tour d’Auvergne (1743-1800)

(extrait de « Carhaix deux mille ans d’histoire », sous la direction d’Erwan Chartier-Le Floch. Ed. Coop Breizh, 2016 - PP 84-85)

" Que n’a-t-on raconté sur cet homme de guerre, dont la République naissante ne laissa pas de célébrer l’esprit d’abnégation et les hauts faits d’armes ? Officier d’élite, certes, d’un courage à toute épreuve, mais dont la notoriété s’expliquait avant tout par cette espèce d’insolente baraka qui lui permit, longtemps de tenir la mort à distance. Son manteau, qu’il tenait lors des combats sous son bras gauche, était percé, dit-on, de mille trous, et ses soldats affirmaient qu’il avait le pouvoir de « charmer » les balles. Ses compatriotes, pour leur part, prétendaient qu’il portait sur lui quelque louzou ou talisman caché, dont la possession lui assurait invariablement la victoire…"

Au service de la République

" Théophile-Malo Corret de La Tour d’Auvergne naît à Carhaix le 23 décembre 1743. Il passe les premières années de son existence non loin de là, au château de Kergoat, mais le décès de son père avocat, en 1749, conduit sa mère à l’inscrire au collège de Quimper, où il réalise d’excellentes études. Lui qui se destine à la carrière des armes intègre à 24ans, en 1767, le corps des Mousquetaires du Roi, dont il sort bientôt sous-lieutenant versé au régiment d’Angoumois. Sa valeur au feu, il la prouve en 1781, lorsque, profitant d’un congé de sept mois, il s’engage dans le régiment des Volontaires de Catalogne, qui combat en Espagne contre l’occupant anglais. Nommé capitaine en 1784, il séjourne à Carhaix au moment où éclate la Révolution française. Contrairement à de nombreux officiers, il refuse d’émigrer et, lui qui songeait depuis peu à prendre sa retraite, décide alors de se vouer résolument à la défense de la République. Le nouveau régime lui offre le grade de colonel, qu’il décline, et c’est en tant que capitaine qu’il part faire la guerre, en Savoie et dans le Piémont d’abord (1792), puis dans les Pyrénées (1793). François Jaffrennou rapporte que « pour ses Grenadiers, a-t-on écrit à son propos, La Tour d’Auvergne était presque Dieu. Outre sa bravoure incomparable, il avait l’extérieur qui plaît aux soldats, prestance, vigueur, endurance. Au lever de l’aurore, on le voyait avec un livre, sa pipe et son sabre parcourir les postes les plus rapprochés de l’ennemi. »

Un sens inné du sacrifice

" Pourtant fatigué, il sollicite, le 4 novembre 1794, une mise à la retraite, qu’il obtient un mois plus tard. Dans l’intention de se retirer à Carhaix, il embarque à Bordeaux le 5 janvier 1795, à destination de Brest, mais son navire tombe aux mains des Britanniques qui l’internent en Angleterre. Libéré un an plus tard à l’occasion d’un échange de prisonniers, il choisit en fin de compte de s’installer à Passy, près de Paris, où il se remet difficilement des privations endurées durant les guerres révolutionnaires et sa captivité. À peine a-t-il recouvré la sante qu’il lui faut cependant reprendre du service… Ayant vainement tenté, en 1797, d’obtenir auprès du ministère de la Guerre une dispense de service militaire pour le plus jeune fils de son ami Jacques Le Brigant, il décide de le remplacer, et, à 54 ans, intègre l’armée du Rhin comme simple soldat. Le 26 avril 1800, le Premier consul, Bonaparte, lui décerne le titre de « Premier grenadier des armées de la République », qui, note-t-il non sans prescience, équivaut pour lui à « un brevet de mort ». Le 27 juin suivant, lors d’une escarmouche nocturne, la chance l’abandonne en effet à Oberhausen, en Bavière : il y meurt transpercé d’un coup de lance. « Mieux vaut guérir les blessures des hommes que de leur en faire, écrivait-il quelques mois plus tôt. Pendant trente-quatre années que j’ai servi, je puis me rendre ce témoignage que je n’ai jamais teint mon épée du sang de mes semblables. Je me suis borné à entraîner le soldat. »

L’apôtre de la celtomanie

" Ce « saint laïque » dont, en 1889, la République transféra la dépouille au Panthéon, n’en éprouvait pas moins un profond attachement à l’égard de sa contrée natale. « Si l’amour de la patrie avait été le mobile de toute sa vie, remarque ainsi J. Gaudry, ce sentiment était plus vif encore pour les lieux de sa naissance, pour sa Bretagne. » Ses congés, il les consacrait à l’étude, et son amour des langues en particulier était tel qu’il en vint bientôt à maîtriser, outre le breton et le français, le latin, le grec et l’hébreu, l’anglais, l’allemand, l’espagnol et le basque. Promoteur de cette celtomanie dont les généralisations puériles prêtent aujourd’hui à sourire, il considérait le « celtique » comme l’idiome primitif, duquel dérivent tous les autres. S’il n’a laissé à la postérité qu’un seul ouvrage – les « Origines gauloises », publié à Bayonne en 1792 – et une brève monographie sur Carhaix, on sait qu’il travaillait, lorsque la mort le surprit, à la rédaction d’un dictionnaire polyglotte, où il mettait en parallèle les mots de quarante-deux langues ! Conformément à ses instructions testamentaires, cette œuvre ambitieuse, ainsi que diverses études historiques demeurées à l’état manuscrit, furent pourtant détruites, attestant l’absence de vanité d’un homme qui, toute sa vie, subit les honneurs plus qu’il ne les rechercha."

 

 

 

 

Place de La Tour d’Auvergne

(Extrait de « Histoire de rues – Carhaix », de Dominique Mesgouez, ed. Keltia Graphic, 1991 - pp. 86-87)

Juin 1841

Plasenn an Tour d’Auvergne

Ex champ de bataille

Ex place du Martret (ou Martroy ou Maltret)

 

L’ancienne place d’armes

" Celle que beaucoup de Carhaisiens appellent encore aujourd’hui le Champ de bataille est devenue place de la Tour d’Auvergne le jour de l’inauguration de la statue, le 27 juin 1841. Ce matin là, toute la ville est en fête. On a invité d’illustres personnages civils et militaire et on s’apprête à inaugurer une statue qui a coûté une somme colossale pour l’époque (la municipalité fut aidée par des souscripteurs volontaires). C’est le baron Charles Marochetti qui réalisé l’œuvre d’art. Théophile Corret de La Tour d’Auvergne y est représenté sabre en main gauche, et auprès de son bonnet à poil, de son havresac et de son fusil. Ce bronze monté sur piédestal et socle en granit d’Huelgoat possède quatre bas-reliefs (dont deux posés en 1848) et représentant la vie du héros (sauvetage d’un espagnol blessé, Chambéry, les époux Brigand, mort à Oberhausen en 1800).

" Il a fallu quarante et un an pour que le vœu des Carhaisiens soit exaucé et que cette place s’orne d’un monument aujourd’hui presqu’intact (il manque le pommeau du sabre du premier grenadier).

" Avant d’être dédiée à La Tour d’Auvergne, cette place servait autrefois de place d’armes, et bien avant, de lieu de torture et de pendaison. C’est là qu’en 1675 furent exécutés bon nombre de Bonnets Rouges, et notamment le lieutenant de Sébastien Le Balp, Alain Le Moign. Il y fut torturé puis pendu. Devenu ensuite espace réservé pour les manœuvres militaires, le Champ de bataille était bordé à l’ouest par la caserne des soldats (ancienne gendarmerie) et à l’est par l’hôpital de Grâces réservé en partie aux malades de l’armée.

" En janvier 1943, en pleine occupation allemande, la municipalité de Carhaix recevait une lettre du Préfet du Finistère, indiquant que la statue allait être enlevée de son piédestal par décision du secrétaire général des BeauArts. Le maire de l’époque, Ferdinand Lancien répondit en ces termes : « … cette statue présente une grande valeur artistique et son enlèvement constituerait un malheur irréparable car aucune maquette ne permettrait de la reconstituer… elle présente pour tous les habitants de Carhaix une valeur morale telle qu’elle est pour eux l’objet d’une grande vénération… » Un mois plus tard, la mairie reçoit une nouvelle lettre précisant que la statue serait bien enlevée mais qu’une nouvelle, différente de l’originale (et en pierre !), serait installée à sa place. Stupeur chez les élus locaux qui s’indignent et posent leurs conditions : « … après une longue discussion, le conseil municipal à l’unanimité m’a donné mandat de transmettre les desiderata suivants : renonçant à l’offre qui lui a été faite… le conseil demande que lui soit accordé une subvention de 90 000 F équivalant au prix du bronze de la statue. Moyennant l’octroi de cette somme, la ville prendrait à sa charge l’exécution d’un moulage puis la reproduction exacte de l’œuvre de Marochetti », précisait ce courrier du maire en avril 1943. On ne sait si le temps aidant et la Libération approchant, ces démarches aboutirent. Ce qui est certain c’est que la statue est toujours sur son piédestal.

 

La Tour d’Auvergne

Peuple breton, contemple avec félicité,
dans ce jour, consacré par ta reconnaissance,
ce bloc d’airain, où l’œil croit voir ressuscité
Le premier grenadier de France

Modeste autant qu’humain, frugal et tempérant,
La fatigue des camps ne pu jamais l’abattre.
Il y cueillit toujours la palme du savant
Dans l’art d’écrire et de combattre.

Tu reculas, Anglais ! quand Corret, prisonnier,
A tes ordres hautains refusa de se rendre
Et, passant sa cocarde au fil de son acier,
Te dis : « Anglais, viens me la prendre ! »

Coteaux d’Oberhausen, quels pleurs on entendit,
Quand, au milieu des siens poursuivant la victoire,
La lance d’un hulan à ses pieds t’étendit
Sur un lit de mousse et de gloire !

Il vit, en expirant, ses grenadiers vainqueurs,
Et s’endormit, aux sons des bruyantes cymbales,
Celui qui possédait l’art de vaincre les cœurs
Et le don de charmer les balles…

Cœur breton, qu’aujourd’hui chacun encense,
La Patrie inscrira, sur ta vaste urne d’or,
Ce double jour de deuil et de reconnaissance :
Vingt-sept juin et huit messidor !

Poésie composée à l’occasion de l’inauguration de la statue de La Tour d’Auvergne à Carhaix.

 

 

 

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